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Cassel – Le musée de Flandre – 2 – Soumission et Colère

Poursuivons la balade dans le musée de Flandre à travers quelques unes de ses œuvres et plus précisément le premier thème proposé aux visiteurs. Dans cette terre du Nord, de tout temps convoitée, la guerre a toujours été très présente. « Soumission et Colère » en esquisse quelques épisodes.

Accueil du comte de Flêtre, Ignace de Wignacourt

Cette toile retrouvée enroulée dans les combles pendant le transfert des collections du musée vers des réserves extérieures en 1997 lors de la fermeture du bâtiment, est une vue panoramique de Cassel au XVIIe siècle. Vue un peu trafiquée puisque le peintre à tout mis à plat, Cassel qui est un mont, se retrouve sur cette toile être plat comme les plaines de Flandre.


Vue panoramique de Cassel - Anonyme, Ecole française (Fin XVIIe siècle)


On retrouve dans la partie haute la ville avec se détachant plus ou moins des habitations les principaux bâtiments : de gauche à droite le château des comtes de Flandre, les toits de l’ancien hôtel de ville qui fut bombardé en 1940, l’hôtel de la Noble Cour, la collégiale Notre-Dame et le collège des Jésuites… Le tissu urbain est assez dense, confiné dans une aire délimitée par les remparts dont le tracé reste inchangé depuis l’époque gallo-romaine. On remarque aussi un nombre important de moulins à vent, importante et primordiale source d’énergie à l’époque.

Au premier plan un groupe de personnages est réuni pour un important événement, l’arrivé du nouveau grand bailli de la ville et de la châtellenie de Cassel. On reconnaît le nouveau venu au blason sur le carrosse, il s’agit du comte de Flêtre, Ignace de Wignacourt qui vient d’acquérir cette charge en 1693. Ceux sont les collégiaux membres du Magistrat de la châtellenie de Cassel qui sont prêt à l’accueillir.

Seigneurs, magistrats, prêtres de la paroisse de Cassel, jésuites et moines franciscains du mont des Récollets tous sont présents. On retrouve aussi quelques saynètes atténuant ce portrait protocolaire de la bonne société Casseloise : un colporteur à gauche s’apprête à traverser un bois, des enfants jouent à droite tandis qu’un homme au centre est détroussé habilement par un jeune garçon. En apparence on retrouve une grande partie des représentants de la population, à une exception prés, il n’y a aucune femme !

La Bataille de Cassel de 1677

Nous sommes en 1677, d’un côté la France avec Louis XIV et ses troupes, de l’autre les Pays Bas Espagnols avec l’armée de Guillaume III d’Orange, stathouder des Provinces-Unies. Alors que celui-ci s’apprête à conquérir Saint Omer, il est arrêté dans son élan par les garnisons françaises stationnées sur le site stratégique de la plaine de Cassel.



C’est Monsieur, le frère du Roi, Duc d’Orléans qui est à la manœuvre. Louis XIV bataillant sur un autre front, à Cambrai. Monsieur que l’on retrouve au centre d’une des deux toiles présentées.


La seconde représente les différents moments de la bataille de l’arrivée et l’installation de l’armée hollandaise en haut à droite le 6 avril, l’incendie de l’abbaye de Noordpeene le samedi 10 avril au soir, la tentative de l’armée hollandaise de passer le cours d’eau, la Peene, le dimanche matin, la fuite des Hollandais à gauche, le 11 avril.
Au premier plan, à droite, les soldats français juchés dans un arbre dont le dénuement symbolise les désastres de la guerre, ne contiennent pas leur joie ; la victoire leur appartient.
Le cœur de la bataille occupe, quant à lui, tout le centre de la composition. Au loin, se dresse Cassel, dont on devine quelques bâtiments comme le château ou l’hôtel de ville. Cette mise en scène qui combine dans un même espace plusieurs évènements anachroniques permet d’avoir d’un seul regard une vision d’ensemble de la bataille et de mettre en exergue les qualités stratégiques du camp français.



Vent de révolte en Flandre

1427 Philippe le Bon par son bras agissant, le bailli Colard de Renescure, remit en question les coutumes et les pouvoirs de la châtellenie de Cassel. Les Casselois s’y sont fortement opposés. Après trois années de révolte, Philippe le Bon, agacé par la persistance du mouvement, leva une armée dont il prend la tête. En face les Casselois mal organisés et sous équipés ne peuvent faire face et capitulent le 04 janvier 1430.

Pour les punir Philippe le Bon exige que tous les hommes de plus de quinze ans viennent pieds nus lui rendre les armes et prêter allégeance dans les marais de Saint Omer. C’est cette scène qu’a choisie de peindre Tattegrain, inspiré par la Chronique de Jean Lefebvre, chancelier de Philippe le Bon.

Francis Tattegrain (1852 -1915) peintre de la fin du XIX et début XXème siècle et originaire de Péronne (Somme) est principalement connu pour ses marines.


Francis Tattegrain (1852 -1915)- Les Casselois dans le marais de Saint-Omer se rendant à la merci du duc Philippe le Bon le 04 janvier 1430 ( 1887 - Huile sur toile - 350 x 673 cm)



L’époque, en plein mouvement romantique en France, est à la redécouverte du moyen âge. Cette œuvre monumentale (350 x 673 cm) est le premier sujet historique du peintre, mais il existe de nombreux anachronismes tant au niveau des armes représentées que des écus.

On retrouve dans cette toile les conditions atmosphériques de la saison, le vent, le froid, la pluie, la neige ; le tout d’un réalisme saisissant. D’un côté les Casselois frigorifiés, luttant contre le vent et la pluie, de l’autre Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandre, que l’on voit en haut à gauche fier et droit sur son cheval.

La Grande Guerre

Dernier tableau sur le thème « Soumission et Colère », dans la salle même qui servait de bureau au Maréchal Foch pendant la grande guerre et la bataille de l’Yser. Ypres est à une trentaine de kilomètres de là.

Maquette de la statue équestre du maréchal Foch, 1928. Bronze fondu et marbre veine taille de Georges Malissard (1877 – 1942) (C’est en haut du mont Cassel, dans le jardin publique que l’œuvre grandeur nature se trouve), veste d’apparat du Maréchal ainsi que sa cane qu’il aurait lui même sculpté dans un morceau de branche de noyer trouvé lors de ses pérégrination dans la campagne environnante sont les signes de son passage.



On trouve aussi un habit de poilu, la seconde version, celle bleu horizon, divers objets d’époque, téléphone de campagne, douille d’obus transformée en moulin, les premiers masque à gaz en réponse aux attaques des allemands avec le gaz moutarde.

Dans cette salle j’ai beaucoup apprécié l’œuvre contemporaine de Manuel Ruiz Vida « Passages 2005/ 2007 » qui représente les pertes en vie humaine durant ce massacre organisé que fut la guerre 14-18.

Il s’agit de 16 petits tableaux de 14,5 x 10,5 cm représentant des stèles. Toutes différentes et toutes semblables à la fois comme les hommes qu’elles incarnent. Côté technique il s’agit d’huile et de laque sur radiographie, tout un symbole.



C’est sans aucun doute l’œuvre de ce musée qui m’a le plus touché. Derrière ces stèles on imagine tous ces jeunes gens morts à un âge où la vie ne fait que commencer; quelle injustice ! J’ai ressenti face à ces tableaux le même sentiment de révolte qui m’assaille lorsque je marche dans les cimetières militaires, entre des centaines, des milliers de petites stèles de pierre, dernière marque de leurs trop rapide passage sur cette terre.

Si dans les cimetières généralement elles sont nominatives, ici celles de Manuel Ruiz Vida sont anonymes comme tant de soldats sacrifiés sur l’autel des puissants.


Cassel – Le musée de Flandre – 1 – La Châtellenie
Cassel – Le musée de Flandre – 3 - Entre terre et ciel
Cassel – Le musée de Flandre – 4 - Mesure et démesure
Cassel – Le musée de Flandre – 5 - Ostentation et Dérision
Cassel – Le musée de Flandre – 6 – Reuze Papa et Reuze Maman


www.museedeflandre.cg59.fr

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